Comment solder le passé…

…lorsqu’il a provoqué tant de souffrances ?

La justice est un moyen d’y arriver. 1953 est l’année du procès des responsables du massacre d’Oradour-sur-Glane (1944) qui a laissé des traces profondes dans la société française d’après-guerre. La réconciliation en est un autre : 1953 voit aussi la naissance de l’un des tout premiers jumelages franco-allemands, entre Epernay et Ettlingen, dont s’inspire ce roman.

Avec Les griffes du passé, j’ai voulu mettre en scène les obstacles qui gênent tout processus de reconstruction, tant au niveau collectif qu’au niveau individuel. Avec son autorité morale d’ancien déporté, Marcel Rivier emmène sa ville sur la voie de la réconciliation. Il s’en fait une haute idée, mais quelque peu désincarnée. Quand il est confronté, personnellement, à un Allemand qui a peut-être été son tortionnaire, il ne sait plus quelle attitude adopter : justice ou pardon ?

Si les adultes se révèlent obsédés par le passé tout au long du roman, les jeunes eux-mêmes, malgré leur insouciance, n’échappent pas non plus à son poids. C’est d’autant plus vrai que le silence des adultes fait de la période de la guerre un sujet tabou. La parole apparaît, en définitive, comme un moyen indispensable à la résilience, individuelle comme collective.

Aujourd’hui, plus de 4200 villes françaises et allemandes ont noué des liens à travers des jumelages. Tout cela paraît d’une normalité bien banale. Pourtant, à l’heure où l’on assiste à la déliquescence du projet européen, ce roman rappelle le courage qu’il a fallu à ses fondateurs pour se lancer dans cette voie.